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BaseFM de San-Antonio

San-Antonio aura sa base de données aussi. Pour mémoire San-Antonio est une série de romans policiers rédigés par Frédéric Dard mais signés San-Antonio, du nom d’un commissaire de police, Antoine San-Antonio, censé narrer lui-même ses aventures. Elle comporte 175 volumes, publiés de 1949 à 2001. Dès les débuts, les San-Antonio se distinguent des autres polars et des autres romans de Frédéric Dard par la désinvolture du héros-narrateur, par l’emploi de l’argot et par le recours à l’humour, tous procédés qui atténuent ce que le roman noir peut avoir de glauque et de rébarbatif aux yeux des non-initiés.

L’aspect fondamental de la série1 repose sur une langue colorée, truculente, incroyablement inventive. Néologismes, calembours, contrepèteries, catachrèses, tropes, distorsions, anglicismes altérés : les mots sont bien souvent créés. Frédéric Dard déclarera d’ailleurs à ce sujet : « J’ai fait ma carrière avec un vocabulaire de 300 mots. Tous les autres, je les ai inventés. » Sur les 11 534 212 mots écrits par Frédéric Dard, 10 000 seraient des mots nouveaux. Paradoxes, métaphores inattendues, langue précieuse et savante côtoient argot de pucier, régionalismes, aphorismes, synecdoques, réaménagements syntaxiques et verdeur de langage (Dard aime Rabelais). Telle est la clef première de la réussite de la série. Tel sera plus tard le sujet d’engouement d’universitaires qui se pencheront sur cet « élément de la modernité littéraire française ».

Apparaissent ensuite des personnages secondaires, hauts en couleurs, desquels se détachent Pinaud et surtout Bérurier, « immonde masse de graisse », « quintessence de l’ignoble ». Sous leur impulsion, ces romans policiers structurés, à peine atypiques, évoluent peu à peu vers un deuxième degré plus prononcé, vers une parodie gouleyante qui finit par s’épanouir dans un festival de délires en tous genres, où un nombre incalculable de personnages secondaires aux noms de plus en plus improbables peuplent des pays de plus en plus imaginaires.

Dans une série où, au fil de cinq décennies, la plaisanterie gauloise et les outrances hilarantes ont fini par prendre le dessus, la tendresse et la profonde humanité de Frédéric Dard ont su rester présentes…